L’existence des neurones miroirs a été démontrée chez l’enfant, ce qui laisse entrevoir le rôle très important que peut jouer l’imitation dans son développement psychoaffectif et cognitif. Au fil des ans, des compétences toujours plus grandes sont reconnues chez le bébé. Ainsi, la capacité d’imiter se manifeste chez le nouveau-né, dès les tous premiers jours de sa vie. Une expérience très aisément reproductible permet de s’en convaincre. Pour cela, il faut disposer d’un nouveau-né ; personnellement, un enregistrement vidéo de cette expérience m’avait été présenté lors d’une formation sur l’autisme, dans le service du Pr. AUSSILLOUX, à Montpellier, il y a un peu plus de 10 ans de cela, à une période où j’étais sur le point d’être père pour la troisième fois. J’ai donc pu facilement essayer et cela marche…Au cours de cette formation, une autre expérience portant sur les interactions mère-enfant nous avait été présentée, un peu plus complexe et avec un bébé un peu plus grand, âgé de quelques mois. Le dispositif expérimental est le suivant. Le bébé est installé dans un siège et il est séparé de sa mère. Un système vidéo a été mis en place : la mère et le bébé sont tous deux en face d’un écran et d’une caméra de telle façon que la mère peut voir l’image de son enfant et inversement… c’est en quelque sorte une visioconférence mère-enfant qui est organisée.
Premier temps de l’expérience, au moment de la séparation, l’enfant réagit en pleurant… lorsqu’il peut voir sa mère à travers l’écran, il peut rétablir un lien avec elle et il parvient ainsi à s’apaiser peu à peu.
Dans un second temps, l’expérience est renouvelée, mais en introduisant un biais. L’image qui est projetée à l’enfant est toujours celle de sa mère, mais il s’agit d’une image non plus en direct comme précédemment, mais en différé… dans ces conditions, l’enfant ne parvient pas à retrouver son calme et au contraire il est en proie à une tension émotionnelle qui va croissante.
La preuve est ainsi faite que ce n’est pas la simple contemplation passive du visage de la mère qui a une valeur apaisante pour l’enfant, mais que ce sont les interactions complexes qui peuvent se nouer avec elle qui permettent cet apaisement. Un empêchement artificiellement créé au niveau de ces interactions s’accompagne d’une perturbation émotionnelle manifeste chez l’enfant.
Une troisième et dernière expérience avec des enfants encore un peu plus âgés, capables de se mouvoir de façon autonome nous fait aborder le champ de l’autisme. Elle est connue sous le nom anglais de «still face» : elle consiste à laisser évoluer un jeune enfant dans une pièce où un adulte est présent, mais qui a ceci de particulier qu’il reste parfaitement immobile, le visage impassible… L’expérience tentée avec un jeune enfant montre que celui-ci va solliciter l’adulte par tous les moyens possibles et qu’il va être très angoissé de ne pouvoir obtenir la moindre réaction de sa part… La même expérience faite avec un enfant autiste montre que celui-ci n’est absolument pas gêné par cette présence insolite et qu’il va continuer à évoluer comme il en a l’habitude. Pour l’enfant autiste, il ne semble pas exister de différence entre les êtres humains et les objets ; il ne leur accorde pas davantage d’intérêt, il n’existe pas de différence dans les modalités d’interaction qu'il peut établir avec les premiers et les seconds.




